En messager de paix, le pape appelle les Libanais à rester dans leur pays
Léon XIV est arrivé dimanche au Liban en messager de paix, appelant les fils de ce pays éprouvé par une crise endémique et qui craint une nouvelle guerre avec Israël à ne pas émigrer et à se réconcilier.
Le Liban est la seconde étape du premier déplacement international du pape américain, après une visite en Turquie marquée par le dialogue pour l'unité des chrétiens.
Dans un discours au palais présidentiel, il a exhorté les Libanais à "rester" dans leur pays, où l'effondrement économique depuis 2019 a aggravé l'émigration massive, insistant sur la situation intérieure sans évoquer les tensions régionales ni les récents bombardements israéliens.
Il a également appelé les dirigeants du pays à "se mettre au service du peuple avec engagement et dévouement" et souligné le besoin "d'autorités et d’institutions qui reconnaissent que le bien commun est supérieur à celui d'une partie".
La crise économique qui a ruiné les Libanais a été imputée en grande partie à la classe politique, accusée de corruption, de clientélisme et de négligence.
En l'absence de chiffres officiels, un centre de recherche indépendant, al-Doualiya, estime que 800.000 Libanais ont émigré entre 2012 et 2024. La population actuelle est estimée à 5,8 millions d'habitants, dont plus d'un million de réfugiés syriens.
- "Un seul peuple" -
La visite de 48 heures du pape suscite un fort enthousiasme dans ce pays multiconfessionnel de 5,8 millions d'habitants, qui a décrété deux jours fériés pour l'occasion.
"Je suis venue dire que le peuple libanais est un seul peuple (...) Loin de toutes les divisions, nous voulons être unis et nous voulons qu'il bénisse notre terre", a déclaré à l'AFP Zahra Nahlé, 19 ans, qui attendait le passage du pape sur la route de l'aéroport.
"Nous aurions aimé qu'il puisse visiter le Sud", a ajouté cette jeune fille originaire de cette zone dévastée par la guerre.
Sous une pluie diluvienne, des centaines de Libanais se sont pressés sur la route menant au palais présidentiel pour acclamer le pape dans sa "papamobile".
Le convoi a traversé la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, où les scouts du mouvement chiite pro-iranien étaient massés sur la route pour l'accueillir. Cette zone avait été visée une semaine plus tôt par une frappe israélienne qui a tué le nouveau chef militaire du Hezbollah.
Malgré le cessez-le-feu intervenu il y a un an, l'armée israélienne a intensifié ces dernières semaines ses frappes au Liban.
Samedi, le Hezbollah pro-iranien avait exhorté le pape à rejeter "l'injustice et l'agression" d'Israël.
- "Modèle" -
Léon XIV est le premier pape à visiter le pays depuis Benoît XVI en 2012.
En dépit du rôle politique important que jouent les chrétiens, ils ont vu leur nombre diminuer ces dernières décennies, notamment en raison de l'émigration des jeunes.
"Car si ce modèle venait à disparaître, nul autre lieu ne pourrait le remplacer", a-t-il ajouté.
Le système politique garantit une parité unique dans la région entre musulmans et chrétiens, alors que la communauté chrétienne est devenue minoritaire au fil des décennies.
Aucune statistique officielle n'est publiée à ce sujet en raison de la sensibilité de la question liée aux divisions confessionnelles et au partage du pouvoir.
Dimanche matin, le pape avait clôturé sa visite en Turquie avec une cérémonie liturgique très solennelle sous les dorures de la cathédrale orthodoxe Saint-Georges d'Istanbul, entre icônes, volutes d'encens et chants polyphoniques psalmodiés.
Pour son premier voyage à l'étranger, Léon XIV a affiché son style prudent depuis son élection, ménageant les sensibilités politiques de ses interlocuteurs tout en répétant ses messages en faveur de l'unité et du respect de la diversité religieuse.
P.Ellul--JdM